Bonjour à toutes et tous,

Une fois de plus nous nous retrouvons en visio-conférence en raison des règles sanitaires. Je tiens à remercier Serge Marolleau, salarié du siège, le Bureau du Conseil fédéral et son Président pour leur travail pour assurer la qualité de nos travaux. Et à vous remercier  pour votre participation à distance. J’espère que le prochain Conseil sera l’occasion de nous retrouver en présentiel. 

Nous nous réunissons aujourd’hui, après le résultat du second tour des élections municipales qui fut un jour historique pour l’écologie, qui a vu la victoire d’écologistes à Lyon et sa métropole, à Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, mais aussi à Poitiers, Tours, Besançon ou encore Colombes, Arcueil, Bègles et Schiltigheim, Savigny,  Saint Pierre du Vauvray, Auray, Castanet Tolosan et Senconac ! Senconac, Ariège, 12 habitant-es ou  Marseille, plus de 800.000 et la métropole de Lyon, 1,3 million. L’écologie des villes ou l’écologie des champs ? Les deux, l’écologie tout court.

En tant que Secrétaire national, je mesure la chance que j’ai de prononcer ces mots et la responsabilité qui pèse désormais sur notre mouvement.

Ce qui doit prédominer c’est l’humilité et la responsabilité.

L’humilité car nos très bons scores ne doivent pas nous faire oublier le taux record d’abstention et la profonde crise démocratique dans notre pays. Bien sûr, une partie des électrices et électeurs ont eu peur de se déplacer en raison de la crise sanitaire, mais il ne faut pas se mentir, il y a aussi beaucoup de personnes qui se sentent comme confinées politiquement. A nous d’agir pour contrer ce sentiment et je pense que l’exercice de la convention citoyenne pour le climat y participe.

L’humilité également car ces victoires viennent de loin, elles sont le résultat de l’abnégation de ces personnes qui ont porté l’écologie sans perspective de victoire immédiate, qui ont porté l’écologie parce que c’était juste de le faire. Qui l’ont portée parce que c’était tout simplement la bonne chose à faire.  Parce que cette cause les dépasse et nous dépasse. Les victoires d’aujourd’hui sont celles de ces héros et héroïnes ordinaires. Merci à nos militant·es qui ont arpenté les rues, à pied, à vélo, qui ont su mener des campagnes créatives, sans qui rien ne serait possible. Un grand Merci et un chaleureux bravo.

L’humilité enfin devant la tâche à accomplir, devant l’urgence : urgence climatique, urgence sociale, urgence démocratique. Je dis à  nos maires, vous pouvez compter sur nous pour être à vos côtés pour pour prendre soin de nos villes, et engager localement le changement global dont la planète a besoin. 

C’est notre première responsabilité. Il y a ceux qui disent, qui promettent, qui tergiversent et qui retardent… et celles et ceux qui font. Nos maires sont et seront du côté de celles et ceux qui font. C’est notre première responsabilité.

La réussite de ces élections nous confère également une autre responsabilité. Être à la hauteur de la suite. 

Ce qui se passe ce n’est pas une vague. Parce qu’une vague ça monte, et puis ça retombe en venant mourir doucement. Ce que nous vivons c’est le début d’une nouvelle ère.

La leçon de ce scrutin, c’est que l’alliance des conservatismes, les alliances anti climat entre LR et LREM, n’a pas réussi à contrer l’aspiration à la justice qui monte de la société française et qui s’exprime dans le vote écologiste.

Le gouvernement devrait en tirer les leçons et mettre le cap sur l’écologie. Il y a des emplois à créer, une économie à transformer, un pays à adapter aux enjeux du climat. La rénovation énergétique de millions de logement c’est un enjeu, le changement du modèle agricole c’est un enjeu, la modification de notre droit pour mieux protéger la nature c’est un enjeu. 

Alors il y a une écologiste dans ce gouvernement. Bon courage. Sans calcul, sans posture, bon courage, car il y a urgence. Mais nous savons qu’un·e ministre fut-elle numéro 2, fut-il ministre d’Etat, ne peut peser dans un gouvernement qui n’est pas écologiste.

Au demeurant nous serons vite fixés, car la feuille de route est claire : l’application des mesures de la Convention Citoyenne Climat. À ce sujet, merci à Mélanie et Grégoire, de l’association des 150, d’avoir accepté d’intervenir lors de ce Conseil fédéral pour nous parler de leurs travaux, leurs réflexions et propositions. C’est fabuleux de voir que lorsque vous tirez 150 personnes au sort, de toute catégorie sociale, de tout âge, que ces personnes rencontrent des experts, discutent, échangent pendant plusieurs semaines, et bien il est savoureux que ces personnes aboutissent au même constat : l’écologie. Mélanie, Grégoire et tous les autres, merci pour votre travail. Merci et bravo de vous êtes réappropriés la principale question politique du 21e siècle, celle de notre avenir commun. Pour nous ces propositions constituent un projet de société. Nous sommes lucides, nous voyons bien que les ministres ou parlementaires multiplient les jokers, les prudences et les renoncements. Nous leur disons ces 149 mesures constituent la feuille de route sur laquelle leur crédibilité est indexée.

Nous serons vite fixés car le calendrier est serré. Hier dans une décision historique, le Conseil d’État a donné raison aux Amis de la terre et donné 6 mois au gouvernement pour agir véritablement pour enrayer la pollution qui fait plus 50.000 morts chaque année dans notre pays, et qui touche d’abord les plus fragiles.

Arrêtons nous un peu sur le sujet. C’est absurde, c’est délirant : plus de 50.000 morts par an mais il faut en passer par la justice et l’Europe pour contraindre le gouvernement à agir pour… protéger la population. 

La pollution tue chaque année deux fois plus que le covid chaque année, et nos pouvoirs publics regardent ailleurs. 

C’est immédiatement que des mesures doivent être prises pour enrayer ce fléau. Je sais que nos maires s’y emploient, nous attendons du Premier ministre un vrai plan d’urgence. C’est la limitation de la circulation des poids lourds, c’est la mise en place de zones de faible émissions, c’est la rénovation thermique, c’est l’arrêt des épandages de pesticides qui sont responsables de certaines particules fines… Les régions aussi doivent agir. Je prends un exemple, le plan pour la qualité de l’air en Ile-de-France, celui sur lequel Valérie Pécresse s’appuie pour son greenwashing vise l’année 2025 comme objectif pour revenir en deçà des valeurs limites en dioxyde d’azote et les particule fines. La pollution c’est 10.000 morts en Ile-de-France. 5 ans de retard, 50.000 morts. A ce niveau de carence, dire “je m’en lave les mains“ serait plus honnête.

Nous proposerons ce plan d’urgence au gouvernement et là encore nous jugerons sur pièce.

Mais on va pas se mentir, il ne suffit pas d’influencer les décideurs, il faut les remplacer.  Pour décréter l’état d’urgence climatique et agir en fonction, une Jeanne Barseghian à la tête de Strasbourg ou un Pierre Hurmic maire de Bordeaux, cela vaut mieux que tous les discours du monde. Il y a ceux qui disent et celles et ceux qui font.

Après ces élections, nous voyons que la recomposition est en cours. Nous voyons 3 pôles émerger de ces municipales. 

  1. Un :  le bloc national populisme. 
  2. Deux : la droite : ce sont les coalitions anti climat LR et LREM et ce gouvernement de droite, la droite sarkozyste. Avec un choix de ministres qui est un affront à la lutte contre les violences faites aux femmes et à l’égalité femmes-hommes. 
  3. Et trois, ce pôle qui émerge, centré sur l’écologie. 

Le projet écologiste est la seule alternative possible au libéralisme destructeur d’En Marche et au national populisme du Rassemblement National. C’est une lourde responsabilité. 

Notre écologie ne sépare pas la question des droits humains et la question des droits de la nature : nous savons que lorsque que l’on ignore les uns, on écrase les autres. 

Notre écologie c’est celle de Harry Durimel nouveau maire de Pointe-à-Pitre, avocat de la lutte contre le chlordécone ; une de celles qui illustrent le lien profond entre justice sociale, justice environnementale et démocratie. 

L’écologie c’est la justice.

Les luttes sociales telles que les Gilets jaunes, la vague Me too, le mouvement Black Lives Matter, les mobilisations pour le climat ont besoin d’une représentation à la hauteur, d’un débouché politique.

C’est l’écologie qui peut constituer cet espoir et ce chemin, c’est l’écologie le ferment des victoires à venir, la force motrice. Nous devons assumer ce nouveau rôle.

La présidentielle est une échéance majeure et nous serons au rendez-vous. Nous aurons à trancher, les adhérent-es auront à trancher pour choisir, ensemble, la personne qui nous représentera, qui incarnera ce projet écologiste. 

Nous aurons donc en temps utiles à adopter les modalités de la désignation par les adhérent-es du choix de notre champion ou championne. Juste un mot à ce sujet; nous savons qu’aucune ambition individuelle ne peut s’épanouir si elle ne s’inscrit pas dans le cadre d’une ambition collective. Dès que la maladie infantile des petites phrases dans la presse nous reprend, nous nous effondrons  ; quand nous jouons collectif, nous nous élevons. 

Cette ambition collective, ce respect du collectif, vous pouvez compter sur moi pour en être le garant.

Mais ce serait une grave erreur que de se tromper d’échéance. Le calendrier électoral est chargé et  chaque élection constitue une étape importante pour affirmer l’écologie comme alternative.

Ce qu’on a fait aux municipales, il faudra le faire demain à l’échelle des régions, en rassemblant les conditions de la victoire. 

Réussir à conquérir des régions conditionne la suite. Conquérir une région c’est dire au pays nous sommes prêtes et prêts. 

Mais nous savons que c’est le bon échelon pour l’aménagement du territoire, les transports, le développement économique. Et les départements en particulier  pour les solidarités.

Gagner dans ces échelons, c’est passer du contre pouvoir à l’exercice du pouvoir. 

Nous nous sommes battu.e.s contre les center parcs dans l’Isère ou ailleurs, pendant des décennies. Je salue la victoire que constitue l’abandon du projet à Roybon.  Gagner la région c’est la garantie de remiser pour de bon ces projets d’un autre temps, consommateurs de nature et consommateurs de la biodiversité, c’est la garantie de pouvoir engager nos régions sur la voie de la transition écologique, dans la justice sociale.

Les transports, les solidarités avec notamment l’accès au RSA et son extension aux 18-25 ans, la lutte contre le mal logement et la précarité énergétique, nos droits, la préservation de la biodiversité et la cause animale,  la tranquillité et le vivre ensemble, la santé environnementale.

Voilà les enjeux.

Nous ne le ferons pas seuls, mais c’est bien à nous qu’il revient d’initier ce chantier avec toutes celles et ceux qui placent l’environnement, la justice sociale et la démocratie comme priorités.

Continuons de cultiver le commun, davantage que le séparatisme de chapelle. Réfléchissons sans œillères. Discutons sans détours. Rassemblons sans relâche et construisons ensemble ce bloc de la transition écologique dans la justice sociale.

Pour ces régionales et pour la suite, construisons ensemble dans nos mouvements des campagnes au service d’un projet collectif. Construisons ce projet avec l’ensemble des acteurs et actrices, syndicaux, associatifs engagées. Partageons le avec toutes celles et tous ceux qui souhaiteront nous aider à le mettre en oeuvre. Un projet fédérateur, porteur de jours heureux, qui dessine le monde d’après, un monde apaisé qui tourne la page d’un système qui broie les humains et détruit la planète. Un monde reposant sur l’harmonie avec la nature et entre les êtres humains. Un monde que nous souhaitons pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour les générations futures. 

Pour cela, et en premier lieu, à nous de structurer et faire grandir ce pôle dont je parlais, le pôle écologiste. 

Grandir en accueillant dans nos rangs de plus en plus de monde et je suis fier de vous annoncer que nous avons enregistré plus de 1.000 adhésions supplémentaires depuis le 28 juin ! Sachons leur faire toute leur place, je leur dis bienvenue chez vous !

Grandir en travaillant main dans la main avec l’ensemble de la famille écologiste. C’est le sens de la démarche, inédite, de nos journées d’été qui, pour la première fois depuis 36 ans seront co-organisées avec des partis partenaires : Génération Ecologie, l’AEI, le MdP, CAP 21 et Génération.s. C’est une première étape importante.  Et pour la première fois également, nos journées d’été seront retransmises en direct et pourront ainsi être de suivies de partout par le plus grand nombre. Mais nous pourrons également nous retrouver en physique à la Cité fertile de Pantin du 20 au 22 août. 

Le 22 août c’est d’ailleurs le jour du dépassement, la date symbolique, à partir de laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an. 

Voilà notre boussole. Ces municipales ont montré que la société est prête pour la transition écologique dans la justice sociale. L’alliance des conservatismes n’a pas empêché la réussite du projet écologiste. Notre écologie est tout autant une révolte qu’une promesse d’espoir.

Alors, hissons nous à la hauteur de cette promesse. Sachons nous dépasser pour mieux relever le défi.

Rien n’arrête une idée dont le temps est venu.

Julien Bayou, Paris, 11 juillet 2020. Seul le prononcé fait foi.